• A. Piquion

S'autoriser

Octobre 2021

« Un psychanalyste ne s’autorise que de lui-même…. »

Phrase commodément battue et rebattue par qui prétend citer Lacan.

On pourrait en dire deux choses au moins.


La première ferait apparaître qu’il lui manque une partie :

« Un psychanalyste ne s’autorise que de lui-même…et de quelques autres ».


La deuxième, qui est en fait la première, est bien plus simple encore : pour que le psychanalyste s’autorise de lui-même, encore faut-il que psychanalyste il y puisse y avoir.


Il semble évident qu'il ne s’agit pas de se dire psychanalyste, de s’autoriser une étiquette en mettant en place (ou en scène) le tralala folklorique qui l’accompagne et qu’on ferait alors fonctionner (il faut rappeler que le dispositif analytique fonctionne dans un premier temps indépendamment de la qualité de l’analyste). Tout cela relève du blabla, d’une pure instrumentalisation du langage, effectivement à la portée de n’importe quelle « canaille » (celui qui ne veut faire le jeu d’aucun Discours, selon Lacan).

On croit alors qu’on crée ce qu’on nomme, qu’on se crée en se nommant, principe-phare de l‘individu auto-fondé et auto-érigé du néolibéralisme. Et bien non. Le sujet n'est qu'un effet du signifiant, une conséquence de la discontinuité sensible de l'unique bain qu'il est le sien, celui du langage, dont la structure demeure, alors qu'il est en vain instrumentalisé, mis au service des ambitions de satisfaction du sujet contemporain. Non sans déliquescence. Ainsi du Discours Capitaliste. Il faut entendre Discours au sens lacanien, un type de lien, de relation, un agencement social qui tente de faire avec la discontinuité de notre condition. Et le Discours Capitaliste est le Discours le plus antagoniste possible au Discours Analytique. C'est simple : il le piétine rageusement. Le capitalisme hait la psychanalyse, raison pour laquelle il travaille à la dissoudre dans la psychologie. L'Université est le lieu rêvé de cette dissolution, faisant des juteuses collaborations du Discours Universitaire un appui aussi solide qu'intéressé.

Un article futur (ou plusieurs...) repassera par les Discours de Lacan.


Revenons sur la voie de l'autorisation et retenons pour le moment que devenir psychanalyste, ça ne se décide pas. Ça arrive. C’est du côté du heur, du pas prévu, du pas attendu, ou pas à ce moment-là, ou pas comme ça. Et ça ne peut arriver que dans la trajectoire d’une analyse, la sienne propre. Précisément vers l’un de ses moments logiques. C’est là, et là seulement, que de l’analyste peut - éventuellement - advenir, là qu’il peut envisager de se risquer à occuper la place qui se présente. C'est toujours après-coup qu'il le remarquera. Il s’y risquera, dans le prolongement de sa trajectoire, faite de rencontres, de rencontres d’analystes aussi…à commencer par le ou les siens…ces quelques autres….d’analyse en contrôle. Ainsi des pratiques...


Il lui faudra alors être « auteur » de son acte.

Il lui faudra en accepter toutes les conséquences qui, pour « lui-même » et les quelques autres, feront « autorité » sur sa pratique. Alors, et alors seulement, dans l’après-coup de l’acte dont il aura été l’auteur, on pourra dire qu’il y aura eu « autorisation ».


Merci pour votre intérêt !

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