Jonas
Dernière mise à jour : il y a 2 jours
Je l’ai rencontré dans un bar, apparemment par hasard. Il taillait un costard à André Malraux auprès d’un ancien critique de Libé qui n’a pas demandé son reste.
Jonas Andrieux vit dans une petite ville de province que je fréquente en vacances, loin des capitales qu’il habitait autrefois. D’une fois sur l’autre, de Suze en cafés noirs, je n’ai glané que de minces indices de son parcours.
Avant de s’occuper de ses rosiers, il enseignait une pratique artistique dans une école supérieure. « Pour le compte de l’État », comme il s’en amuse avec ironie. C’est l’un des métiers qu’il a exercés. Ni le premier ni le dernier, semble-t-il. « Un latin chez les germains, ou l’inverse », dit-il. On enseigne dans sa famille depuis plus d’un siècle. « Les hussards de la République, ça te dit quelque chose ? ».
Son carnet aphoristique n’a pas d’autre matérialité que celle que je lui donne : une compilation, un empilement. « Si ça t’amuse. Passe-moi la bêche ! ».
Il a ri d’abord de me voir noter à la hâte les bribes volées à nos conversations. Quelque temps plus tard, il s’est pris au jeu, et entre mes séjours, c’est maintenant lui qui m’écrit. Je reçois tantôt deux ou trois lignes au dos d’une carte postale kitch, tantôt un paragraphe rédigé sur un nécessaire de correspondance d’hôtel, entre autres formats du moment. Il arrive que cet échange s’interrompe. Je ne sais jamais comment il reprend.
JR

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