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  • A. Piquion

Arrête de mourir, ça pollue !

Ou ta grand-mère pour tes navets.

Et en deux brouettes. Empreinte carbone oblige.

Parce que la mort, non seulement ça pue, mais maintenant, ça pollue !

Alors aujourd'hui, quand tu clamses, vous pouvez choisir, toi et ta culpabilité, de finir en compost pour sauver la planète.

Ce scénario investit nos provinces atlantistes, à grands renforts de projets législatifs.


Il est bien entendu que chacun dispose de son propre corps. Habeas corpus. Principe encore intangible...que la "présomption de consentement" de prélèvement d'organes a néanmoins passablement chahuté en 2017 en France. Nous sommes quelques ponts plus loin. En bien des gués, la présomption a levé le voile sur l'injonction.


A nouveau ici, l"encadrement légal" tourne à l'aide législative au service d'une idéologie. Or, quand la loi ignore et recouvre l'impossible qu'elle est tenue de cerner, elle devient scélérate.


Jusqu'ici, l'épandage et usage des restes (cendres funéraires, farines...) restait borné par une loi encore corrélée à l'ordre symbolique. Elle soutenait encore la distinction millénaire du corps animal et du corps humain, cet étrange corps parlant, toujours autre, incapable de se dire lui-même, limite fondant sa grandeur. Le sujet est au lieu de cette discontinuité, qui est logos. Ainsi quand une famille jette les cendres d'un défunt dans l'océan, c'est au nom d'une loi non écrite (un fait de logos, de parole) qu'elle contrevient à la loi de la cité (un fait de raison, en général écrit). Quand cette loi écrite en est une, qu'elle est édictée par un vrai maitre, elle contient en effet la possibilité de sa propre transgression.

A la loi de Créon se superpose, plus puissant, le désir d'Antigone, tissé aux lois primordiales de la parole, celle d'une communauté d'un autre ordre (familial notamment, dégradé au rang absurde du sang. La famille n'est pas d'essence, elle repose sur la parole). Encore faut-il, pour s'opposer à une telle loi, qu'elle soit édictée par un vrai maitre. Et n'est pas Créon qui veut. Le logos (parole) fait la loi du désir, qui est fatum, bien loin du libre arbitre. Il fait l'opposition du désir et de la volonté. Il faut la volonté d'un vrai maitre, un Créon maitre de la cité, pour que puisse s'y opposer le fatum qui agit une Antigone, sujet de son désir.


Or aujourd'hui, le pouvoir n'est plus aux maîtres porteurs d'éthique (c'est à dire d'impossible). Il est aux esclaves promoteurs d'un savoir prétendu objectif. Un savoir sans sujet...


Mais dans quoi nous lançons-nous là....puisqu'il s'agit de sauver la planète, fi des prises de tête, et hop hop, tout va mieux. Le business aussi. Tu feras toujours un bon fumier. Et pour ça, tu seras "so grateful coeur coeur coeur". Même après ta mort, tu auras la chance de purger ton stock de culpabilité en te faisant marcher dessus par les dindons de la ferme de Marie-Antoinette au château de Versailles (au passage, le retour au vert des fins de régimes ne date pas d'hier...).


La négation de la dimension réelle du corps, dissimulée derrière sa glorification outrancière, est un moyen autant qu'un objectif de la structure capitaliste. Elle consomme et consume les corps, les célèbre (les contrôle) pour éradiquer la seule dimension véritablement subversive, celle du sujet (sub-ject).

Pas de sujet sans corps.


Et le climatisme devient l'un des prétextes de cette dénégation. Il est au climat ce que l'écologisme est à l'écologie, ce que l'égalitarisme est à l'égalité, ce que le progressisme est au progrès. Sa nuit.


Car, aux antipodes du sujet, le moi, encensé par la structure capitaliste et ses lois perverses.

Le moi est - pour chacun de nous - de structure paranoïaque (attention à ce mot de plus de 3 syllabes que nous sommes complaisamment invités à confondre avec la petite parano). Refusant l'assujettissement au langage qui fait un sujet (et son désir), le moi cherche à faire l'économie de notre relation médiate au monde, non im-médiate, constitutive de notre humanité. Il y est encouragé par la structure capitaliste qui le flatte, l'orne, l'enfle et le satisfait, lui permettant de croire à une relation sans perte, à une pleine adhérence au monde, à l'autre, fut-ce pour le haïr, l'adorer, le soumettre. On reconnait trois avatars des trois passions de l'être selon Lacan, la haine, l'amour, l'ignorance. Cette illusoire adhérence fait de l'autre un modèle (ou un rival), ou un objet, trois modalités de pleine saisie de cet autre. Ici, c'est l'autre primordial alias mère nature qu'il s'agit d'épouser, dans laquelle il vous est proposé de vous fondre pour sauver la planète. Ça met mal à l'aise, hein. Il n'y a plus grand chose de discontinu, là. Et plus de discontinu, c'est plus de symbolique. On prétend compléter une prétendue Totalité pour la sauver. Chez bien des animistes, la personnalisation de la nature garde le caractère mythique qui permet d'y croire sans s'y confondre. Le mythe, monument symbolique, habille une béance logique intolérable qu'il ne dissimule pas. Puisqu'il n'attend pas qu'on le croit, il est possible d'y croire.


"L'individu" contemporain, qui croit qu'il ne croit à rien, croit à une prise directe sur le monde, et nourrit le fantasme d'une totalité non plus suturée mais préservée de toute discontinuité. Le suturé, c'est has been, un truc qui fonctionnait avec le symptôme, avec l'incomplétude, avec l'inhumation ou la crémation. Maintenant, on est au delà de tout ça. On s'auto-fonde et on va se faire "humuser" (c'est le terme pour dire "réduit en compost"). Car, comme nous en avons l'habitude, le langage est instrumentalisé pour satisfaire ce fantasme d'un-monde-sans-perte. Des mots sont inventés, détournés, ré-inventés (très drôle...) pour convenir à nommer les projets hypertrophiés et désespérés du narcissisme capitaliste. Et on fait même des "lois" pour ça...


Quand tu meurs, tu pollues. Te faire composter, c'est retourner à la Mère Nature. Mélange les restes de ton père au lisier de porc, tu sauves la planète. Sois ton propre fétiche post-mortem.

"La guerre, c'est la paix. L"ignorance, c'est la force."


Merci pour votre intérêt !

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