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  • A. Piquion

Ô Isis und Osiris 3


La fonction phallique est donc un autre nom de la castration.

"Phallique" pointe la plupart du temps un signifiant (ou un objet) auquel on confie la mission d'être ou, au contraire de cacher le "il n'y a pas", le pas-là qu'est le phallus. Il pointe aussi une jouissance, la jouissance phallique, qui est celle qui se noue à la parole. A la croisée du Symbolique et de Réel, c'est la jouissance de la phonation et de l'ouïe, certes, mais c'est aussi, à la croisée du Symbolique et de l'Imaginaire la jouissance du sens ("j'ouis sens" dira Lacan, qui s'entend aussi du côté du sens joui), la jouissance phallique du transcodage, celle qui fait croire au signe, celle du blablabla. Une jouissance avec laquelle nous colmatons le "il n'y a pas" du phallus, ce qui en fait précisément une jouissance phallique, c'est à dire corrélée à la parole.


Tout deux soumis à la castration, masculin et féminin sont deux modalités de jouissance chez l'être parlant. Lacan détaille ces modalités autour de son séminaire Encore. Il y formalise le fameux "tableau de la sexuation". Nous n'en faisons pas ici le commentaire. Il faudrait beaucoup de place et de temps. Il faudrait bien plutôt en parler...puisque c'est de parole qu'il s'agit "en effet".


Mais, puisqu'Isis et Osiris nous ont mené à ce point, qui est un point de complexité, dressons une première (et trop rapide) cartographie.


Si la reproduction est bien une fonction génitale, la sexuation n'est pas affaire d'attributs génitaux. Elle est le propre des êtres parlants : elle est affaire de jouissance et de parole (dont on sait maintenant la parenté avec le phallus). Le sexe est l'endroit et le résultat d'une passion, celle du signifiant. Nous sommes passifs face aux signifiants (les qualités sensibles) qui nous traversent et vont faire sens en notre nom dans le langage. Nous ne sommes que le résultat de cet évènement et de sa répétition. Ainsi homme et femme sont-ils tous les deux parlés, traversés par la parole et sa discontinuité.


Ils sont ainsi séparés d'eux-mêmes et l'un de l'autre par le mur du langage.


Posons simplement quelques formulations.


Du côté masculin, on pense qu'on possède le phallus alors qu'on est seulement détenteur d'une puissance inopérante en tant que telle. On l'a, mais on ne sait pas s'en servir. Et pour cause : on ne peut pas s'en servir seul. Alors on lui cherche des ersatz...du coté des objets, des attributs, des signes, des partenaires... Du côté féminin, on ne peut pas l'avoir sans l'être pour quelqu'un (attention, de vrais morceaux d'équivoque dedans). On dira "je veux bien l'être à condition que ce soit pour toi", "je veux bien être représenté par un signifiant (alors dit phallique) à condition qu'il signifie ma singularité absolue".


Autre formulation : le côté masculin est entièrement pris dans la fonction phallique alors que le côté féminin n'y est pas-tout pris. Le pas-tout est une autre invention de Lacan. Il y a, côté féminin, quelque chose en plus dont on ne peut rien dire, que la fonction phallique n'attrapera pas. Une autre modalité de jouissance se manifeste... quelque chose en plus dont on ne peut pas rendre compte par la parole et qui reste propre à chaque femme. Chacune jouit à sa façon d'un autre chose, qui n'est pas recouvert par le langage, qui n'est pas pris par cette castration, rendant toute totalisation générique impossible. On ne pourra pas dire "la" femme. Il y a des femmes, une par une. C'est ce qui se donne à entendre par cette autre formule lapidaire de Lacan : "LA femme n'existe pas." L'homme, lui, fait groupe. Les hommes sont tout-soumis à la castration. Chacun pense être l'exception qui fait consister cette loi, ainsi de son fantasme, mais, puisque tout du masculin est pris par la castration, on peut dire "L'homme" de façon générique. La jouissance supplémentaire à laquelle les femmes ont accès se conjugue au singulier. Elle est unique pour chacune. Côté féminin, il ne peut pas y avoir de catégorie, sauf à réduire le féminin au masculin, sauf à rabattre le féminin sur le plan du masculin.

Le masculin est générique. Le féminin est un par un. Toujours au singulier.


Autre formulation : du côté féminin, on dispose donc d'un savoir dont on ne peut, ne sait rien dire, cette jouissance supplémentaire qui n'est pas d'ordre phallique, langagière. Du côté masculin, on voit bien qu'il y a quelque chose en plus chez cet autre d'en face, un corps porteur d'une jouissance inconnue, qui sait quelque chose en plus, quelque chose qui excède la parole. Mais de ce savoir, côté masculin, on ne sait rien. On pourrait dire, mais on ne sait pas. Côté femme, on sait, mais on sait un indicible. Côté masculin on pourrait dire ce qu'on constate chez le côté féminin, mais de ce savoir constaté, on ne sait rien. D'un côté on sait, mais on ne peut pas dire. De l'autre, on pourrait dire mais on ne sait pas. Impasses.


Impasses et impasses.

On remarque cependant que le côté féminin est celui du sujet, représenté par un signifiant, se sachant pris dans le langage dont il n'est qu'un effet. Du côté féminin, on a une longueur d'avance : on sait qu'on existe seulement dans le langage.


Deux remarques après ce rapide balayage.


La sexuation est une affaire d'être parlants. Sa chronologie est bien sûr impossible à situer. On ne peut l'appréhender que par le mythe ou la logique. De ce point de vue, on peut dire que la sexuation (section) résulte d'un temps logique que nous pourrions localiser comme ceci : celui où la parole traverse le corps alors qu'elle n'a pas encore rencontré du langage pour former la langue. Nous sommes à l'échelle logique (non chronologique) du signifiant. Il n'y est pas encore question de sens. Nous nous approchons là d'un point essentiel, qui démarque totalement l'enseignement de Lacan des gender studies qui, pourtant, s'en réclament à tire-larigot. Le montage de leur corpus est certes savant, étayé. Mais il s'invalide lui-même, puisqu'il se déploie dans l'unique registre du sens, qui est un registre de superstructure (pour employer un terme marxien prisé d'une certaine post-modernité) que ces études déconnectent de ses dessous, de ses fondements. On sait ce que sont les plus brillants raisonnements aux prémisses erronés. On voit bien du reste combien les mots sont "déconnectés", perdent leurs attaches, sont désarrimés, détournés, retournés dans un sens puis dans l'autre, manipulés pour servir coûte que coûte et tant bien que mal les projets narcissiques les plus désespérés.


Contrairement au genre, la sexuation n'a pas de sens et n'en cherche pas.

Elle est du registre de l'infrastructure, celui du signifiant, du sujet, de l'indécidable. Elle est réelle !

Un territoire impitoyable qui nous fait horreur, sur lequel on ne se paie pas de mots.

Enfin, si ces formulations semblent obscures, c'est bien parce qu'elles tournent autour du Réel, celui de la différence des sexes, impossible à modéliser pour qui parle, ce qui est un comble : notre sexuation est conséquence directe de notre qualité de parlant et notre parole ne peut pas la dire. Ce qui nous définit au monde est aussi ce qui nous en sépare. Un écart, réel, qui est interne à notre condition.

C'est pour cette raison que Lacan a recours pendant un temps à un dispositif algébrique, ces fameux mathèmes. Avec eux, il déplie notamment la logique de ces deux impasses, féminine et masculine, qui sont deux variations sur un impossible. Il est bien entendu que l'algèbre n'a pas pour projet de dire le monde (bien que le projet ait pu en être formulé par certains). Il s'agissait pour Lacan de viser par les mathèmes une transmission totale de la psychanalyse en nettoyant son approche de toute représentation figurée. L'Imaginaire divertit du Réel. Du Réel, la Logique est la science.


Merci pour votre intérêt !

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